{"id":12962,"date":"2019-06-05T13:22:30","date_gmt":"2019-06-05T11:22:30","guid":{"rendered":"https:\/\/epst-sgen-cfdt.org\/?p=12962"},"modified":"2022-04-27T09:39:00","modified_gmt":"2022-04-27T08:39:00","slug":"le-pdg-du-cnrs-repond-a-acteurs-publics","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cfdt-recherche-epst.org\/?p=12962","title":{"rendered":"Le PDG du CNRS r\u00e9pond \u00e0 Acteurs publics"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">Antoine Petit (CNRS) : \u201cLa recherche peut \u00eatre un r\u00e9el apport pour nombre d\u2019enjeux de politiques publiques\u201d<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">5 JUIN 2019, PAR SYLVAIN HENRY<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">\u00a9 Pol \u00c9mile\/SIPA<br \/>\nLe pr\u00e9sident du CNRS d\u00e9taille pour Acteurs publics les enjeux de la prochaine loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Estimant que le mod\u00e8le fran\u00e7ais d\u2019organisation n\u2019est pas \u00e9conomiquement optimal, Antoine Petit s\u2019interroge sur la possibilit\u00e9 de r\u00e9mun\u00e9rations diff\u00e9renci\u00e9es pour nos chercheurs. Alors qu\u2019une mission planche sur la formation des futurs hauts fonctionnaires, il pr\u00e9conise que ces derniers effectuent un stage d\u2019une ann\u00e9e dans un laboratoire de recherche. Et il pointe les probl\u00e8mes \u201cfranco-fran\u00e7ais\u201d de concurrence entre grandes \u00e9coles et universit\u00e9s, universit\u00e9s et organismes de recherche, \u201cqui ne sont pas \u00e0 la hauteur des enjeux\u201d.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">\u00c0 l\u2019occasion du 80e anniversaire du CNRS, vous avez appel\u00e9 en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e avec le Premier ministre, \u00c9douard Philippe, \u00e0 une plus grande ouverture de votre institution. Comment y travaillez-vous et quelles formes cette ouverture va-t-elle prendre ?<br \/>\nEn 2019, le CNRS va poursuivre son ouverture, qui a \u00e9t\u00e9 initi\u00e9e voil\u00e0 d\u00e9j\u00e0 longtemps. Je rappelle en effet que 30 % de nos chercheurs sont \u00e9trangers et que nous travaillons au sein de quelque 150 structures de recherche en partenariat avec le monde industriel. Aujourd\u2019hui, il faut intensifier cette ouverture et ces collaborations. C\u2019est la raison pour laquelle j\u2019ai propos\u00e9 au conseil d\u2019administration de cr\u00e9er une troisi\u00e8me direction g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019innovation \u2013 en plus des deux directions g\u00e9n\u00e9rales d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es \u00e0 la science et aux ressources. Ce n\u2019est pas notre r\u00f4le que de produire de l\u2019innovation : les entreprises et le monde socio-\u00e9conomique doivent \u00eatre en premi\u00e8re ligne. Mais nous pouvons, et devons, les y aider. Cette nouvelle direction vient renforcer la coordination de toutes nos activit\u00e9s en mati\u00e8re d\u2019innovation et de valorisation de nos technologies, mat\u00e9rielles ou logicielles. Nous allons par ailleurs travailler \u00e0 renforcer la pluridisciplinarit\u00e9 de nos recherches. Des enjeux tels que le r\u00e9chauffement climatique, l\u2019intelligence artificielle, la sant\u00e9, la radicalisation ou l\u2019\u00e9tude du ph\u00e9nom\u00e8ne des \u201cgilets jaunes\u201d appellent \u00e0 la mobilisation de comp\u00e9tences compl\u00e9mentaires. Ce n\u2019est pas toujours simple, car il est dans le m\u00eame temps n\u00e9cessaire de maintenir une disciplinarit\u00e9 d\u2019excellence.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">Pourquoi dites-vous que ce n\u2019est pas simple ?<br \/>\nMais parce que la pluridisciplinarit\u00e9 ne s\u2019acquiert pas facilement, il faut du temps ! Un chercheur est avant tout un expert disciplinaire, c\u2019est une n\u00e9cessit\u00e9. Il ne peut s\u2019int\u00e9resser \u00e0 un autre domaine qu\u2019en y consacrant du temps et de l\u2019\u00e9nergie. Il faut bien comprendre que le seul fait de se parler n\u2019est pas simple. Par exemple, vu d\u2019un peu loin, les math\u00e9maticiens et les informaticiens ont des probl\u00e9matiques d\u2019apparence similaires et pourtant, ce n\u2019est pas toujours \u00e9vident de les faire coop\u00e9rer. Et je ne parle m\u00eame pas de faire travailler ensemble des sp\u00e9cialistes sciences dites dures et de sciences humaines et sociales. C\u2019est possible, heureusement, mais cela demande du temps. La question cruciale des donn\u00e9es invite \u00e0 repenser nos approches : toutes les sciences produisent des donn\u00e9es et il faut des experts capables de les traiter et d\u2019en comprendre le sens pour les exploiter. Les coop\u00e9rations deviennent donc indispensables entre, par exemple, biologistes et informaticiens, ou encore entre sociologues et math\u00e9maticiens. Une telle double casquette prend du temps \u00e0 acqu\u00e9rir. La pluridisciplinarit\u00e9 se construit dans la dur\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">L\u2019ouverture du CNRS, sur laquelle vous travaillez, va-t-elle contribuer au n\u00e9cessaire rapprochement entre chercheurs et d\u00e9cideurs publics ?<br \/>\nC\u2019est une question cl\u00e9 et une de mes priorit\u00e9s. \u00c0 l\u2019\u00e9tranger, dans le monde anglo-saxon ou en Allemagne notamment, la proximit\u00e9 entre d\u00e9cideurs et scientifiques est plus grande du fait de la place du doctorat, qui est beaucoup plus importante qu\u2019en France. Chez nous, une dichotomie a longtemps perdur\u00e9 entre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des grandes \u00e9coles o\u00f9 la formation des futurs d\u00e9cideurs \u00e9tait tr\u00e8s peu fond\u00e9e sur la recherche, et d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, des chercheurs pass\u00e9s par les universit\u00e9s \u00e0 qui l\u2019on pouvait reprocher de n\u2019\u00eatre pas suffisamment connect\u00e9s \u00e0 la \u201cvraie vie\u201d. De fait, les d\u00e9cideurs ont longtemps regard\u00e9 les chercheurs comme des gens sympathiques mais peu aux prises avec les r\u00e9alit\u00e9s de la gestion publique ou priv\u00e9e, alors que les chercheurs ont pu percevoir les \u00e9lus et les hauts fonctionnaires comme n\u2019ayant pas de probl\u00e9matiques pertinentes \u00e0 leur soumettre. Ces sch\u00e9mas simplistes reculent depuis vingt ans alors que nos grandes industries s\u2019internationalisent : elles travaillent et recrutent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger des docteurs et pas des ing\u00e9nieurs \u2013 qui existent dans peu de pays. Les chercheurs ont par ailleurs compris que des probl\u00e9matiques tr\u00e8s pertinentes naissent d\u2019enjeux sociaux et industriels. Aujourd\u2019hui, il faut aller plus loin en multipliant les lieux et les occasions d\u2019\u00e9changes et de rencontres, mais tout en restant vigilant sur le fait qu\u2019il ne faut pas m\u00e9langer le travail des uns et celui des autres. Certains d\u00e9cideurs aimeraient que les chercheurs retiennent telle ou telle option : \u201cVoil\u00e0 quelle d\u00e9cision vous devez prendre\u201d. Ce n\u2019est pas leur r\u00f4le ! Les chercheurs font des \u00e9tudes exhaustives, donnent un \u00e9tat de l\u2019art et d\u00e9taillent les sc\u00e9narios possibles. Aux d\u00e9cideurs ensuite de trancher. Les chercheurs ne sont pas l\u00e0 pour prendre des d\u00e9cisions.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">\u201cJe trouverais int\u00e9ressant qu\u2019il y ait dans la scolarit\u00e9 des hauts fonctionnaires une formation par la recherche.\u201d<br \/>\nLes d\u00e9cideurs doivent par ailleurs appr\u00e9hender des enjeux plus larges qui peuvent \u00eatre budg\u00e9taires, environnementaux, sociaux\u2026<br \/>\nExactement. Et cela peut coincer si un chercheur a besoin d\u2019un ou deux ans pour traiter un sujet alors que le d\u00e9cideur doit prendre une d\u00e9cision imm\u00e9diatement\u2026 J\u2019insiste sur le fait qu\u2019aujourd\u2019hui, la recherche peut \u00eatre un r\u00e9el apport pour nombre d\u2019enjeux de politiques publiques. Comprendre, par exemple, les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9clencheurs d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne de radicalisation permet d\u2019apporter une r\u00e9ponse op\u00e9rationnelle plus pr\u00e9cise. Nos chercheurs ont particip\u00e9 au d\u00e9pouillement des contributions du grand d\u00e9bat national et ont fait remonter un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments de contexte et d\u2019appr\u00e9ciation utiles aux acteurs publics.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">Nonobstant les annonces r\u00e9centes concernant la suppression de l\u2019\u00c9cole nationale d\u2019administration (ENA), l\u2019\u00e9cole a ouvert un quatri\u00e8me concours \u00e0 destination des docteurs. Est-ce une avanc\u00e9e ?<br \/>\nC\u2019est un signe, un symbole. Et la France est aussi un pays de symboles. Mais je trouverais int\u00e9ressant qu\u2019il y ait, dans la scolarit\u00e9 des hauts fonctionnaires, non pas une formation \u00e0 la recherche, mais une formation par la recherche. Celles et ceux qui r\u00e9ussissent les concours des grandes \u00e9coles sont des gens brillants qui trouveraient certainement utile de faire un stage d\u2019une ann\u00e9e dans un laboratoire de recherche. Ce que je propose est peut-\u00eatre iconoclaste, mais ce serait une plus-value pour eux, tant la m\u00e9thode scientifique peut \u00eatre un r\u00e9el atout dans un parcours professionnel. Quand vous \u00eates chercheur, votre t\u00e2che premi\u00e8re consiste \u00e0 poser les bonnes questions. Et cela s\u2019apprend. Cela permet d\u2019int\u00e9grer le fait qu\u2019il faut laisser une part de doute, se laisser la possibilit\u00e9 de faire marche arri\u00e8re\u2026<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">Quel est l\u2019enjeu, pour le CNRS, de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche annonc\u00e9e en d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e par \u00c9douard Philippe ?<br \/>\nC\u2019est une opportunit\u00e9 extraordinaire et c\u2019est un symbole fort, l\u00e0 encore, que d\u2019affirmer que \u201cla recherche est une priorit\u00e9 pour notre pays\u201d, comme l\u2019a fait le Premier ministre en annon\u00e7ant le principe de cette loi. Qu\u2019y aura-t-il dans ce texte sur lequel tous les acteurs concern\u00e9s travaillent et vont continuer de travailler jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e ? On ne le sait pas encore. Mais je suis heureux d\u2019observer la mobilisation forte de la communaut\u00e9 de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur et de la recherche et aussi de nombreux industriels. Le CNRS est \u00e9videmment fortement investi et nous faisons remonter des propositions aux rapporteurs des 3 groupes de travail.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">Ces 3 groupes de travail portent sur le renforcement des capacit\u00e9s de financement, l\u2019adaptation des politiques de ressources humaines et le d\u00e9veloppement de la recherche partenariale. En tant que patron du CNRS, vous \u00eates corapporteur du groupe qui travaille sur la question des financements. Quelles sont les probl\u00e9matiques en jeu ?<br \/>\nL\u2019une des grandes questions tient \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre entre ce que l\u2019on appelle \u201cle soutien de base\u201d et les appels \u00e0 projets, c\u2019est-\u00e0-dire la distinction entre l\u2019argent donn\u00e9 directement aux laboratoires et les financements \u00e0 aller chercher dans le cadre d\u2019appels \u00e0 projets au niveau national ou europ\u00e9en. Certains veulent supprimer l\u2019Agence nationale de la recherche [l\u2019ANR, qui assure le financement sur projet au service de la recherche, ndlr], mais ils sont minoritaires : tous les pays du monde ont ce double syst\u00e8me de financement. La vraie question tient \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre entre les deux. Plus largement, notre mod\u00e8le d\u2019organisation n\u2019est pas \u00e9conomiquement optimal : des personnes de grande qualit\u00e9 sont recrut\u00e9es mais on ne leur donne pas suffisamment de moyens pour leurs travaux. Il faut par ailleurs coordonner les pratiques men\u00e9es au niveau fran\u00e7ais avec ce qui se fait au niveau europ\u00e9en. Enfin, le troisi\u00e8me enjeu tient au financement des infrastructures de recherche, elles sont cruciales dans beaucoup de domaines.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">\u201cDoit-on continuer \u00e0 payer tous les chercheurs de la m\u00eame mani\u00e8re ou devons-nous tenir compte aussi du march\u00e9 ?\u201d<br \/>\nVous \u00e9voquez la question de l\u2019attractivit\u00e9 : comment fid\u00e9liser les talents scientifiques alors que les salaires ne sont, de l\u2019avis de tous, pas \u00e0 la hauteur par rapport au priv\u00e9 et \u00e0 vos concurrents universitaires internationaux ? Comment le secteur public fran\u00e7ais peut-il remporter la guerre des talents ?<br \/>\nLe contexte a chang\u00e9 depuis vingt ans. Je viens d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 vous \u00e9tiez recrut\u00e9 directement apr\u00e8s votre th\u00e8se, voire avant. D\u00e9sormais, les jeunes chercheuses et chercheurs encha\u00eenent plusieurs \u201cpostdocs\u201d apr\u00e8s leur th\u00e8se [un postdoctorant ou \u201cpostdoc\u201d est un chercheur titulaire d\u2019une th\u00e8se de doctorant engag\u00e9 en CDD dans un laboratoire de recherche, ndlr]. Et ils sont plus exigeants concernant les conditions de travail qu\u2019on leur propose. \u00c0 mon sens, trois \u00e9l\u00e9ments sont d\u00e9cisifs, du plus g\u00e9n\u00e9ral au plus particulier : d\u2019abord l\u2019environnement scientifique dans lequel vous \u00e9voluez, les coll\u00e8gues avec lesquels vous travaillez, votre environnement scientifique proche ; ensuite les moyens dont vous disposez pour mener vos travaux, la possibilit\u00e9 de recruter un doctorant ou un postdoc ; enfin la question du salaire. Si on vous propose un poste r\u00e9unissant ces trois param\u00e8tres, alors vous pouvez \u00eatre tent\u00e9 d\u2019aller voir ailleurs. Les chercheurs fran\u00e7ais sont r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s moins de 3 000 euros brut par mois en d\u00e9but de carri\u00e8re, apr\u00e8s avoir fait le plus souvent plusieurs postdocs \u00e0 la suite de l\u2019obtention de leur doctorat. Ils ne disposent pas, dans la majorit\u00e9 des cas, de moyens optimaux pour travailler. Forc\u00e9ment, certains envisagent un recrutement ailleurs ou de partir\u2026 Ce constat doit nous amener \u00e0 faire des propositions concr\u00e8tes. Et je consid\u00e8re qu\u2019il n\u2019y a pas de tabou et qu\u2019il faut tout envisager : doit-on continuer \u00e0 payer tous les chercheurs de la m\u00eame mani\u00e8re, ou devons-nous tenir compte aussi du \u201cmarch\u00e9\u201d, ce que font la plupart des autres pays ? Par ailleurs, nous avons dans nos disciplines certains \u201cphares\u201d, des chercheurs reconnus et r\u00e9put\u00e9s, ou de tr\u00e8s brillants promis a priori \u00e0 un tr\u00e8s bel avenir. Pour les garder, ne faut-il pas se donner les moyens de leur proposer un environnement particulier et une r\u00e9mun\u00e9ration adapt\u00e9e ? Se poser ces questions est n\u00e9cessaire, si possible en d\u00e9passionnant le d\u00e9bat.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">Car nombre d\u2019acteurs veulent maintenir des grilles de salaires similaires pour tous les chercheurs\u2026<br \/>\nIl est indispensable de mieux payer toutes les chercheuses et tous les chercheurs, si nous ne voulons pas lentement mais inexorablement d\u00e9crocher dans la comp\u00e9tition internationale. Mais, encore une fois, nous devons \u00e9tudier en m\u00eame temps le principe de r\u00e9mun\u00e9rations diff\u00e9renci\u00e9es.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">En mati\u00e8re de nouvelles technologies, comment favoriser le passage de la cr\u00e9ation aux produits innovants ?<br \/>\nNotre r\u00f4le principal consiste \u00e0 favoriser la cr\u00e9ation de start-up, particuli\u00e8rement dans le domaine des deep tech [des produits ou services con\u00e7us sur la base d\u2019innovations de rupture, ndlr]. Le CNRS et ses partenaires permettent la cr\u00e9ation d\u2019une centaine de start-up par an : c\u2019est bien, mais il est possible de faire beaucoup mieux. Par ailleurs, nos start-up sont \u201cstart\u201d, mais pas assez \u201cup\u201d. C\u2019est aussi l\u2019un des enjeux du projet de loi de programmation pluriannuelle que de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cela. Dans le domaine des start-up, nous avons probablement un syst\u00e8me d\u2019aides \u00e0 revoir. Il faut accepter que si 100 start-up sont cr\u00e9\u00e9es, il peut n\u2019en rester plus qu\u2019une cinquantaine ou moins au bout de deux ans. Et accepter que l\u2019arr\u00eat d\u2019une start-up n\u2019est pas une infamie, ni m\u00eame un \u00e9chec, mais l\u2019occasion d\u2019acqu\u00e9rir de l\u2019exp\u00e9rience.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">\u201cEn France, nous avons encore une phobie totale de l\u2019\u00e9chec.\u201d<br \/>\nL\u2019\u00e9chec fait partie de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me de l\u2019innovation et de l\u2019entrepreneuriat. Mais est-il accept\u00e9 en France ?<br \/>\nEn France, nous avons encore une phobie totale de l\u2019\u00e9chec. Si vous arr\u00eatez votre start-up au bout d\u2019un an, c\u2019est un \u00e9chec. Aux \u00c9tats-Unis, c\u2019est vu comme une exp\u00e9rience. Certainement faut-il revoir notre approche. Le fait de laisser de nombreuses start-up vivoter n\u2019aide pas \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du syst\u00e8me. Le r\u00f4le du CNRS consiste \u00e0 mettre sur la ligne de d\u00e9part des porteurs de projets disposant des plus grandes comp\u00e9tences possibles. Le fait qu\u2019ensuite, ces start-up courent ou ne courent pas loin n\u2019est pas compl\u00e8tement de notre responsabilit\u00e9. En revanche, nous avons tout \u00e0 gagner du fait qu\u2019elles maintiennent un lien avec le laboratoire dont elles sont issues. Au-del\u00e0 des start-up, nous devons travailler davantage avec les PME et les ETI [les petites et moyennes entreprises et les entreprises de taille interm\u00e9diaire, ndlr]. Leurs patrons n\u2019osent souvent pas venir nous voir et de notre c\u00f4t\u00e9, nous n\u2019\u00e9changeons pas suffisamment avec eux. Plut\u00f4t que d\u2019envisager de cr\u00e9er une start-up, il est parfois pr\u00e9f\u00e9rable de transf\u00e9rer un brevet ou un logiciel \u00e0 une PME\/ETI existante.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">Les chercheurs ont-ils suffisamment l\u2019esprit business ?<br \/>\nDavantage qu\u2019autrefois, les doctorants et postdoctorants sont pr\u00eats \u00e0 lancer leur start-up et \u00e0 d\u00e9cliner leurs id\u00e9es et leurs cr\u00e9ations en projets d\u2019entrepreneuriat. Les chercheurs cr\u00e9ateurs d\u2019entreprise quadrag\u00e9naires ou quinquag\u00e9naires sont beaucoup moins nombreux et il est certainement pr\u00e9f\u00e9rable que ceux-l\u00e0 restent chercheurs et conseillent les start-up cr\u00e9\u00e9es par leurs doctorants. Regardez Isra\u00ebl ou les \u00c9tats-Unis : les chercheurs exp\u00e9riment\u00e9s viennent souvent en appui des projets de leurs anciens \u00e9tudiants. Sachons exploiter au mieux les qualit\u00e9s des uns et des autres, sans penser \u00e0 ne soutenir que des esp\u00e8ces de Pic de La Mirandole des temps modernes, chercheur, businessman et leveur de fonds.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">\u201cSi notre pays croit \u00e0 la recherche, il doit investir dans cette recherche et non se perdre dans des querelles organisationnelles ou de territoires.\u201d<br \/>\nL\u2019essentiel des projets s\u2019appuie sur les avanc\u00e9es de la \u201ctech\u201d. Quelles sont les potentialit\u00e9s de cette derni\u00e8re ?<br \/>\nLa place du num\u00e9rique va continuer d\u2019augmenter de mani\u00e8re consid\u00e9rable dans les ann\u00e9es \u00e0 venir. Nous n\u2019en sommes qu\u2019aux balbutiements et l\u2019ensemble des acteurs de la soci\u00e9t\u00e9 doivent en prendre conscience. J\u2019avais, voil\u00e0 quelques ann\u00e9es, organis\u00e9 une d\u00e9monstration des potentialit\u00e9s du num\u00e9rique \u00e0 destination de d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs alors que j\u2019\u00e9tais encore \u00e0 l\u2019Inria [l\u2019Institut national de recherche en informatique et automatique, dont Antoine Petit a \u00e9t\u00e9 le P.-D.G. de 2014 \u00e0 2018, ndlr]. Nombre d\u2019entre eux m\u2019avaient r\u00e9pondu : \u201cLe num\u00e9rique ne m\u2019int\u00e9resse pas.\u201d Comment est-ce possible ? Certes, les choses avancent et je me r\u00e9jouis que le ministre [de l\u2019\u00c9ducation nationale et de la Jeunesse, ndlr] Jean-Michel Blanquer ait annonc\u00e9 le d\u00e9veloppement d\u2019un enseignement au num\u00e9rique dans les lyc\u00e9es. Nous devons aussi \u00eatre vigilants pour celles et ceux qui sont d\u00e9j\u00e0 sur le march\u00e9 du travail. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, il faut que le secteur public s\u2019approprie davantage les enjeux num\u00e9riques, m\u00eame si, bien s\u00fbr, les avanc\u00e9es sont nombreuses. De grands industriels s\u2019inqui\u00e8tent d\u2019\u00eatre interm\u00e9di\u00e9s, comme l\u2019ont \u00e9t\u00e9 les h\u00f4teliers : les r\u00e9servations s\u2019op\u00e8rent d\u00e9sormais en grande majorit\u00e9 via des sites sp\u00e9cialis\u00e9s. Cela pourrait aussi se constater pour les missions de service public : les patients vont chercher sur Internet telle ou telle prescription ou avis m\u00e9dical ; l\u2019intelligence artificielle est capable de faire \u00e9merger une jurisprudence administrative ou juridique\u2026 Il faut \u00eatre modeste et constructif sur ces enjeux et avancer en synergie.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">En mati\u00e8re, justement, de synergie, comment renforcer les liens entre chercheurs et universitaires, alors que le CNRS et les universit\u00e9s n\u2019entretiennent pas de tr\u00e8s bonnes relations aujourd\u2019hui ?<br \/>\nLes probl\u00e8mes franco-fran\u00e7ais de concurrence entre grandes \u00e9coles et universit\u00e9s, et entre universit\u00e9s et organismes de recherche ne sont pas \u00e0 la hauteur des enjeux et n\u2019int\u00e9ressent personne en dehors de nos fronti\u00e8res. Ne nous trompons pas d\u2019enjeu : nous devons tous travailler ensemble. Cela suppose de faire des choix. Nous avons besoin d\u2019universit\u00e9s fortes au niveau international, mais nous n\u2019aurons jamais des dizaines d\u2019entre elles dans le classement de Shanghai. Certaines plus petites universit\u00e9s ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 se sp\u00e9cialiser et \u00e0 se positionner sur des niches quand d\u2019autres seraient g\u00e9n\u00e9ralistes. Nous devons \u00eatre pragmatiques. Et l\u2019organisation de la recherche fran\u00e7aise est bas\u00e9e sur la compl\u00e9mentarit\u00e9 entre organismes de recherche et universit\u00e9s. Il serait absurde de vouloir faire un \u201cgrand soir\u201d qui nous prendrait des ann\u00e9es et pendant lequel nos concurrents \u00e9trangers continueraient \u00e0 progresser. Si notre pays croit \u00e0 la recherche, il doit investir dans cette recherche, qui va aider \u00e0 cr\u00e9er des emplois et de la valeur, pas se perdre dans des querelles organisationnelles ou de territoires, sans int\u00e9r\u00eat aucun.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #000000; font-family: Times New Roman;\">Propos recueillis par Sylvain Henry<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Antoine Petit (CNRS) : \u201cLa recherche peut \u00eatre un r\u00e9el apport pour nombre d\u2019enjeux de politiques publiques\u201d 5 JUIN 2019, PAR SYLVAIN HENRY \u00a9 Pol \u00c9mile\/SIPA Le pr\u00e9sident du CNRS d\u00e9taille pour Acteurs publics les enjeux de la prochaine loi de programmation pluriannuelle de la recherche. 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