{"id":39464,"date":"2025-05-12T18:32:01","date_gmt":"2025-05-12T17:32:01","guid":{"rendered":"https:\/\/cfdt-recherche-epst.org\/?p=39464"},"modified":"2025-05-12T19:17:30","modified_gmt":"2025-05-12T18:17:30","slug":"edito-du-12-mai-2025","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cfdt-recherche-epst.org\/?p=39464","title":{"rendered":"\u00c9dito du 12 mai 2025"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>&nbsp;\u00ab Qui veut gagner des millions ? \u00bb<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>\u00c0 grand renfort de slogans et de chiffres lanc\u00e9s \u00e0 la vol\u00e9e, l\u2019\u00c9lys\u00e9e comme la Commission europ\u00e9enne se plaisent \u00e0 brandir leurs ambitions scientifiques \u00e0 coups de \u00ab Choose France \u00bb et autres \u00ab Choose Europe \u00bb. Mais derri\u00e8re le vernis des annonces, les moyens, eux, sont fam\u00e9liques. Cent millions par-ci, cinq cents par-l\u00e0\u2026 et puis quoi encore ? \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la recherche europ\u00e9enne vacille, la France et l\u2019UE continuent de vendre du r\u00eave, sans jamais lui donner les moyens de devenir r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos coll\u00e8gues \u00e9trangers auront, para\u00eet-il, l\u2019embarras du choix. Mais dans quel rayon ? Celui d\u2019une recherche publique appauvrie, fragment\u00e9e, condamn\u00e9e \u00e0 qu\u00e9mander des subventions \u00e0 dur\u00e9e de vie limit\u00e9e ? Il faudrait, nous dit-on, se r\u00e9jouir de ces montants jet\u00e9s en p\u00e2ture. Pourtant, un simple comparatif suffit \u00e0 rappeler l\u2019ampleur du foss\u00e9 : le CNRS, premier organisme public de recherche fondamentale en Europe, dispose d\u2019un budget de 3,9 milliards d\u2019euros. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, Harvard affiche 6,5 milliards de dollars de budget annuel (environ 5,8 milliards d\u2019euros), et un fonds de r\u00e9serve de plus de 53 milliards. Oui, 53 milliards. L\u2019\u00e9quivalent des r\u00e9serves de la banque centrale d\u2019Afrique du Sud.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Union europ\u00e9enne, elle aussi, avait promis monts et merveilles. En 2018, un plan de relance ambitieux de 150 milliards d\u2019euros devait soutenir la recherche des 27 \u00c9tats membres. En 2025, ce n\u2019est plus qu\u2019un souvenir flout\u00e9 : le montant a \u00e9t\u00e9 ramen\u00e9 \u00e0 95 milliards, sans cesse remis en question, pendant que la Commission lorgne sans honte sur les budgets allou\u00e9s \u00e0 la science pour financer\u2026 des usines d\u2019armement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas uniquement d\u2019argent. Il s\u2019agit de choix. De priorit\u00e9s politiques. Car l\u2019argent existe \u2014 pourvu qu\u2019on regarde au bon endroit. Les milliards surgissent lorsqu\u2019il s\u2019agit de financer l\u2019arm\u00e9e, les grandes infrastructures, ou d\u2019accorder des avantages fiscaux. Mais quand il s\u2019agit de science, soudain, les caisses seraient vides ?<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, il y a le langage. Le glissement s\u00e9mantique n\u2019est pas anodin : de \u00ab recherche et d\u00e9veloppement \u00bb, nous sommes pass\u00e9s \u00e0 \u00ab recherche et innovation \u00bb. Ce n\u2019est pas qu\u2019un d\u00e9tail technique. C\u2019est un programme id\u00e9ologique. Derri\u00e8re cette novlangue, c\u2019est l\u2019id\u00e9e m\u00eame de recherche libre, fondamentale, curieuse et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, qui est sacrifi\u00e9e sur l\u2019autel de la rentabilit\u00e9 industrielle. La science devient un instrument, un outil au service du march\u00e9. Les chercheuses et chercheurs, des prestataires qui doivent plier leurs hypoth\u00e8ses aux appels d\u2019offres, aux orientations politiques du moment. Cerise sur le g\u00e2teau, la Commission ose parler aujourd\u2019hui d\u2019\u00ab inscrire la libert\u00e9 de la recherche scientifique dans le droit \u00bb. Mais de quel droit parle-t-on, si la libert\u00e9 acad\u00e9mique se limite \u00e0 suivre la trace des financements ? Est-on encore libre de chercher, si l\u2019on n\u2019a pas les moyens de le faire ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la CFDT Recherche EPST, nous le disons clairement : l\u2019avenir de la recherche ne se jouera ni dans les salons feutr\u00e9s de Bruxelles, ni dans les conf\u00e9rences de presse de l\u2019\u00c9lys\u00e9e. Il appartient \u00e0 la communaut\u00e9 scientifique de reprendre la main. De revendiquer un soutien de base, p\u00e9renne, qui permette l\u2019\u00e9mergence de chemins de traverse \u2014 ceux-l\u00e0 m\u00eames qui m\u00e8nent, parfois, \u00e0 de v\u00e9ritables ruptures scientifiques. Mais pour cela, il faut aussi relever les salaires. Car aujourd\u2019hui, nos carri\u00e8res sont devenues peu attractives, nos jeunes chercheur\u00b7ses s\u2019\u00e9puisent ou s\u2019en vont, et nos vocations s\u2019\u00e9teignent.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 l\u2019\u00e9valuation, nous n\u2019avons de le\u00e7ons \u00e0 recevoir de personne. Le CoNRS a prouv\u00e9, pendant pr\u00e8s de 70 ans, qu\u2019il savait produire une \u00e9valuation de qualit\u00e9 sans les couches bureaucratiques et les \u00ab autorit\u00e9s ind\u00e9pendantes \u00bb impos\u00e9es par la loi LRU. Leur transparence ? Jamais d\u00e9montr\u00e9e. Leur efficacit\u00e9 ? Contest\u00e9e. Leur l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9mocratique faisant place aux \u00e9lu(e)s ? Inexistante.<\/p>\n\n\n\n<p>La recherche n\u2019a pas besoin d\u2019un grand jeu t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Elle a besoin d\u2019un projet politique. D\u2019un financement stable. D\u2019un respect de sa libert\u00e9. Et d\u2019une confiance renouvel\u00e9e dans celles et ceux qui la font vivre au quotidien.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;\u00ab Qui veut gagner des millions ? \u00bb \u00c0 grand renfort de slogans et de chiffres lanc\u00e9s \u00e0 la vol\u00e9e, l\u2019\u00c9lys\u00e9e comme la Commission europ\u00e9enne se plaisent \u00e0 brandir leurs ambitions scientifiques \u00e0 coups de \u00ab Choose France \u00bb et autres \u00ab Choose Europe \u00bb. 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