{"id":40839,"date":"2026-04-14T12:02:45","date_gmt":"2026-04-14T11:02:45","guid":{"rendered":"https:\/\/cfdt-recherche-epst.org\/?p=40839"},"modified":"2026-04-14T12:21:44","modified_gmt":"2026-04-14T11:21:44","slug":"lecornu-sonne-lalalie-de-la-recherche-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/cfdt-recherche-epst.org\/?p=40839","title":{"rendered":"Lecornu sonne l\u2019hallali de la recherche fran\u00e7aise !"},"content":{"rendered":"\n<p>Sous l\u2019autorit\u00e9 du Premier ministre S\u00e9bastien Lecornu [1], l\u2019ex\u00e9cutif a trouv\u00e9 une mani\u00e8re tr\u00e8s fran\u00e7aise de s\u2019en prendre \u00e0 la recherche publique : ne jamais annoncer frontalement sa mise au pas, mais en organiser m\u00e9thodiquement l\u2019\u00e9puisement. Le minist\u00e8re de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, de la recherche et de l\u2019espace se f\u00e9licite de la loi de finances 2026 : +350 millions d\u2019euros pour le minist\u00e8re, +725 millions pour la MIRES, port\u00e9e \u00e0 31 milliards d\u2019euros, et 150 millions suppl\u00e9mentaires pour les universit\u00e9s et les organismes nationaux de recherche.[2] L\u2019affichage est net, rassurant, presque solennel. Mais la politique r\u00e9elle ne se lit pas dans les communiqu\u00e9s : elle se lit dans les budgets ex\u00e9cut\u00e9s, dans les charges report\u00e9es et dans les coupes qui descendent jusqu\u2019aux laboratoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Car derri\u00e8re le r\u00e9cit de la \u201cpriorit\u00e9\u201d, les tendances sont d\u2019une tout autre nature. En 2025, les cr\u00e9dits budg\u00e9taires de recherche de la MIRES \u00e9taient de 16,7 milliards d\u2019euros, en baisse de 2,4 % par rapport \u00e0 2024. [3] Plus largement, l\u2019effort national de R&amp;D retombe, selon les donn\u00e9es provisoires du minist\u00e8re, \u00e0 2,19 % du PIB en 2023, pour 61,7 milliards d\u2019euros de d\u00e9pense int\u00e9rieure de recherche, contre 2,22 % en 2022. [4] Au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019on invoque, la bouche en c\u0153ur, la \u201csouverainet\u00e9 scientifique\u201d, la France consent donc \u00e0 voir s\u2019\u00e9roder son intensit\u00e9 de recherche. C\u2019est un choix politique, pas une fatalit\u00e9 comptable.<\/p>\n\n\n\n<p>Le S\u00e9nat l\u2019a dit avec une clart\u00e9 que le gouvernement se refuse \u00e0 avoir : le PLF 2026 ne concr\u00e9tise qu\u2019\u00ab un quart, voire un cinqui\u00e8me \u00bb de la sixi\u00e8me marche pr\u00e9vue par la loi de programmation de la recherche ; et la recherche, ajoute-t-il, ne peut servir de \u00ab variable d\u2019ajustement \u00bb.[5] Or c\u2019est exactement ce qu\u2019elle devient. Le S\u00e9nat souligne que les EPST du programme 172 \u2014 CNRS, Inserm, Inria, Inrae, IRD, Ined \u2014 doivent absorber en 2026 une hausse de 68 millions d\u2019euros de leur contribution au CAS Pensions, dont seulement 16 millions sont compens\u00e9s, ainsi qu\u2019un surco\u00fbt de 62,5 millions d\u2019euros au titre de la protection sociale compl\u00e9mentaire, sans compensation pr\u00e9vue au stade de l\u2019examen s\u00e9natorial. [5] M\u00eame l\u00e0 o\u00f9 le minist\u00e8re promet ensuite d\u2019avoir \u201ccorrig\u00e9\u201d le tir, la m\u00e9canique reste la m\u00eame : annoncer en haut, faire payer en bas.<\/p>\n\n\n\n<p>Le CNRS, lui, donne \u00e0 cette politique son visage le plus nu. Son conseil scientifique estime que sa subvention pour charge de service public, rapport\u00e9e au PIB, a baiss\u00e9 d\u2019environ 11 % en cinq ans ; il chiffre \u00e0 pr\u00e8s de 450 millions d\u2019euros les mesures non compens\u00e9es et abattements cumul\u00e9s sur 2025 et 2026, et rappelle qu\u2019en 2026 la masse salariale des personnels permanents repr\u00e9senterait 91 % de cette subvention.[6] Quand presque tout le financement stable sert d\u00e9j\u00e0 \u00e0 maintenir la structure en vie, il ne reste presque plus rien pour l\u2019activit\u00e9 scientifique elle-m\u00eame. Le r\u00e9sultat est d\u00e9sormais concret : selon des informations publi\u00e9es d\u00e9but avril, le budget initial 2026 du CNRS affichait d\u00e9j\u00e0 239 millions d\u2019euros de d\u00e9ficit ; un tour de vis suppl\u00e9mentaire de 20 millions a ensuite \u00e9t\u00e9 impos\u00e9, dont 13,5 millions directement retranch\u00e9s aux laboratoires, soit une baisse de 5 % du financement du CNRS aux unit\u00e9s. [7] Ce n\u2019est pas une \u201crationalisation\u201d. C\u2019est une ponction.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p><br>Et cette ponction ne se r\u00e9partit m\u00eame pas uniform\u00e9ment. Selon des \u00e9l\u00e9ments internes les remont\u00e9es de cr\u00e9dits FEI demand\u00e9es aux instituts du CNRS varient sensiblement : 11 % pour CNRS Ing\u00e9nierie, 10 % pour CNRS \u00c9cologie et environnement, 8 % pour CNRS Sciences humaines et sociales, 7 % pour CNRS Biologie \u2014 hors UAR \u2014 et 4,53 % pour CNRS Chimie, avec en outre un impact sur la dotation \u201cProjets\/Actions\u201d de l\u2019institut.[8] La logique n\u2019est donc pas seulement aust\u00e9ritaire ; elle est aussi diff\u00e9rentielle, presque exp\u00e9rimentale : on serre partout, mais pas pareil, comme on teste jusqu\u2019o\u00f9 chaque segment du syst\u00e8me peut plier sans rompre. Dans le m\u00eame esprit, toujours selon cette source interne, les UMR avaient d\u00e9j\u00e0 d\u00fb consentir en mars 2026 \u00e0 une ponction de 8 % sur leur dotation vers\u00e9e au titre du budget 2026. [8]<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<p>L\u2019Inserm d\u00e9crit une tenaille comparable. Entendu au S\u00e9nat en janvier, son pr\u00e9sident indiquait que l\u2019institut devait faire face \u00e0 60 millions d\u2019euros de mesures non compens\u00e9es sur son budget 2026, soit l\u2019\u00e9quivalent du montant annuel des dotations allou\u00e9es \u00e0 ses unit\u00e9s de recherche. [9] On retrouve partout le m\u00eame dispositif : l\u2019\u00c9tat reporte la charge sur les organismes, les organismes sur les unit\u00e9s, les unit\u00e9s sur les \u00e9quipes, les \u00e9quipes sur les personnes. Puis l\u2019on viendra expliquer, avec l\u2019air navr\u00e9 des gestionnaires vertueux, que le syst\u00e8me est d\u00e9cid\u00e9ment trop co\u00fbteux, trop rigide, trop peu \u201cperformant\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ici que la faute budg\u00e9taire devient faute intellectuelle. Car ce qui est m\u00e9thodiquement insult\u00e9, dans cette s\u00e9quence, ce n\u2019est pas seulement un secteur public : c\u2019est une id\u00e9e de la recherche. Une id\u00e9e simple, presque r\u00e9publicaine, longtemps partag\u00e9e bien au-del\u00e0 des clivages, selon laquelle la science n\u2019est pas une charge mais un pari sur l\u2019avenir. Fran\u00e7ois Mitterrand l\u2019\u00e9crivait en 1988 : \u00ab Si la France veut r\u00e9ussir, la recherche doit devenir l\u2019enfant ch\u00e9ri de la R\u00e9publique \u00bb ; et encore : \u00ab Sans elle, pas de progr\u00e8s intellectuel, spirituel, esth\u00e9tique, mat\u00e9riel. \u00bb [10] Trente-huit ans plus tard, le pouvoir continue de prononcer le mot \u201cavenir\u201d, mais il traite la recherche comme une d\u00e9pense suspecte, dont il faudrait d\u2019abord contenir l\u2019ampleur avant m\u00eame de reconna\u00eetre la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut appeler les choses par leur nom. Ce qui se met en place n\u2019est pas une simple s\u00e9quence de restrictions : c\u2019est une discipline impos\u00e9e au savoir public. Affamer les organismes, r\u00e9duire les cr\u00e9dits r\u00e9currents, substituer la p\u00e9nurie administr\u00e9e au financement durable, puis pr\u00e9senter les institutions exsangues comme des structures \u00e0 \u201cr\u00e9former\u201d : la m\u00e9thode est connue. Elle ne vise pas seulement \u00e0 \u00e9conomiser ; elle vise \u00e0 rendre le monde savant plus docile, plus pr\u00e9caire, plus d\u00e9pendant, moins en mesure d\u2019opposer aux lubies politiques la r\u00e9sistance t\u00eatue des faits.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-pullquote\"><blockquote><p>\u00c0 ce stade, il ne s\u2019agit plus seulement de budgets. Il s\u2019agit de savoir si la France entend encore se gouverner avec la raison \u2014 ou commencer \u00e0 s\u2019en d\u00e9barrasser.<\/p><\/blockquote><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Notes<\/h2>\n\n\n\n<p>[1] Composition du Gouvernement annonc\u00e9e le 26 f\u00e9vrier 2026 : S\u00e9bastien Lecornu y figure comme Premier ministre.<\/p>\n\n\n\n<p>[2] Minist\u00e8re de l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur, de la Recherche et de l\u2019Espace, communiqu\u00e9 du 3 f\u00e9vrier 2026 : +350 M\u20ac pour le minist\u00e8re, +725 M\u20ac pour la MIRES port\u00e9e \u00e0 31 Md\u20ac, et +150 M\u20ac pour les universit\u00e9s et organismes nationaux de recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>[3] MESR, <em>Les cr\u00e9dits budg\u00e9taires pour la recherche de la Mires en 2025<\/em> : 16,7 Md\u20ac en 2025, soit \u20132,4 % par rapport \u00e0 2024.<\/p>\n\n\n\n<p>[4] MESR, <em>L\u2019effort de recherche et d\u00e9veloppement en France<\/em> : DIRD provisoire \u00e0 61,7 Md\u20ac en 2023 et effort de R&amp;D \u00e0 2,19 % du PIB, contre 2,22 % en 2022.<\/p>\n\n\n\n<p>[5] S\u00e9nat, <em>Projet de loi de finances pour 2026 : Recherche<\/em> : le PLF 2026 ne concr\u00e9tise qu\u2019\u00ab un quart, voire un cinqui\u00e8me \u00bb de la sixi\u00e8me marche de la LPR ; la recherche ne doit pas servir de \u00ab variable d\u2019ajustement \u00bb ; les op\u00e9rateurs doivent absorber 68 M\u20ac de CAS Pensions, dont 16 M\u20ac compens\u00e9s, et 62,5 M\u20ac de PSC sans compensation pr\u00e9vue au stade du rapport.<\/p>\n\n\n\n<p>[6] Conseil scientifique du CNRS, <em>Recommandation relative au budget initial 2026 du CNRS<\/em> : baisse d\u2019environ 11 % de la SCSP rapport\u00e9e au PIB en cinq ans, pr\u00e8s de 450 M\u20ac de mesures non compens\u00e9es et abattements sur 2025-2026, masse salariale des permanents estim\u00e9e \u00e0 91 % de la SCSP en 2026.<\/p>\n\n\n\n<p>[7] Sur le budget rectificatif du CNRS en 2026 : d\u00e9ficit initial de 239 M\u20ac, puis \u00e9conomies suppl\u00e9mentaires de 20 M\u20ac, dont 13,5 M\u20ac pr\u00e9lev\u00e9s sur les laboratoires, soit \u20135 % du financement CNRS aux unit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>[8] Source interne : courriel diffus\u00e9 le 13 avril 2026 sur une liste du Comit\u00e9 national, faisant \u00e9tat d\u2019une ponction de 8 % sur des dotations UMR 2026 et de taux de remont\u00e9e FEI diff\u00e9renci\u00e9s selon les instituts. \u00c9l\u00e9ment non v\u00e9rifiable publiquement \u00e0 ce stade.<\/p>\n\n\n\n<p>[9] S\u00e9nat, commission des affaires sociales, audition de l\u2019Inserm du 12 janvier 2026 : 60 M\u20ac de mesures non compens\u00e9es sur le budget 2026, soit l\u2019\u00e9quivalent des dotations annuelles aux unit\u00e9s de recherche.<\/p>\n\n\n\n<p>[10] Fran\u00e7ois Mitterrand, <em>Lettre \u00e0 tous les Fran\u00e7ais<\/em>, 7 avril 1988 : \u00ab la recherche doit devenir l\u2019enfant ch\u00e9ri de la R\u00e9publique \u00bb ; \u00ab Sans elle, pas de progr\u00e8s intellectuel, spirituel, esth\u00e9tique, mat\u00e9riel. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sous l\u2019autorit\u00e9 du Premier ministre S\u00e9bastien Lecornu [1], l\u2019ex\u00e9cutif a trouv\u00e9 une mani\u00e8re tr\u00e8s fran\u00e7aise de s\u2019en prendre \u00e0 la recherche publique : ne jamais annoncer frontalement sa mise au pas, mais en organiser m\u00e9thodiquement l\u2019\u00e9puisement. 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