Déclaration au Conseil d’Administration du CNRS du 13 mars 2026

Déclaration CFDT Recherche EPST

On nous répète que la recherche est une « priorité nationale ». On l’affiche dans les discours, on la proclame dans les plans. Mais dans les faits, on fait l’inverse : on coupe les moyens, on transfère des charges, on ponctionne les réserves et on laisse les établissements se débrouiller. Ce n’est plus une contradiction : c’est une méthode.

Le mécanisme est désormais clair. Au CNRS, après un budget 2026 déficitaire et un déficit déjà massif en 2025, le budget rectificatif de dernière minute s’est fait attendre faute d’accord avec le ministère. Les charges obligatoires augmentent sans être compensées. L’État parle d’une dotation « stable », mais qui croit encore à cette illusion ? la subvention recule tandis que les dépenses mécaniques augmentent. Résultat : l’établissement n’a plus d’autre choix que de puiser dans sa trésorerie. On remplace un financement pérenne par la consommation de réserves.

Et l’on ressort ensuite l’argument bien connu : « vous avez de la trésorerie ». Pourtant, une grande partie de cette trésorerie correspond à des engagements pluriannuels et à des projets sur plusieurs années dont le financement est arrivé en bloc. La présenter comme une cagnotte est trompeur. Le vrai problème est celui de la sincérité budgétaire : l’État décide des hausses (pensions, mesures salariales, obligations sociales), mais en reporte le coût sur le CNRS.

Sur le terrain, les effets sont concrets : baisse relative des personnels titulaires, recrutements sous contrat marqués par une forte volatilité, fonctions de soutien sous pression, dépendance accrue aux financements concurrentiels et inflation administrative. Les équipes passent toujours plus de temps à chercher des financements et à justifier leur activité, au détriment de la recherche elle-même. La mémoire scientifique s’érode

C’est l’image d’un immeuble qui conserve son apparence alors que ses fondations sont lentement pilonnées. Le jour où tout s’écroulera, il sera trop tard.

La question devient donc simple : veut-on réellement une recherche publique forte, ou un service public de recherche à bas coût maquillé en « priorité nationale » ? À force de faire payer la science sur ses réserves, sur ses personnels et sur leur précarisation — en remplaçant de façon croissante des statuts stables par des contrats précaires de quelques années — on fragilise bien plus que des lignes budgétaires : on fragilise des carrières, des savoirs et notre capacité collective à comprendre le monde… et à le réparer.