Édito du 28 janvier 2026
La banquise fond et avec elle les moyens de la recherche polaire française !

L’Institut polaire français Paul-Emile Victor (IPEV) est l’agence nationale de moyens qui rend possible la recherche française en milieux polaires et sub-polaires : sélection de projets, organisation des expéditions, soutien logistique, exploitation de stations (Arctique, subantarctique, Antarctique). C’est l’infrastructure invisible sans laquelle la “science polaire” reste un PowerPoint.
Ses atouts sont réels : une communauté reconnue et des résultats à fort impact (archives climatiques via la glace, fonctionnement de l’océan Austral, biodiversité polaire), une forte interdisciplinarité, et un rôle international via le traité sur l’Antarctique et des partenariats. Le paradoxe français est connu : une production parfois moindre en volume, mais une influence élevée… tant que l’accès au terrain suit.
Or, les faiblesses structurelles s’empilent : financements dispersés, absence de feuille de route nationale pérenne inter-organismes, et sous-dimensionnement humain pour une logistique extrême. Le déficit devient chronique et, quand le budget casse, c’est le terrain qui trinque : l’IPEV a annoncé devoir réduire la campagne d’été 2025-2026 (rotation de L’Astrolabe supprimée, moins d’expéditionnaires et de fret, projets dépendant des navires reportés ou annulés).
Le talon d’Achille le plus visible est l’état des infrastructures antarctiques. Dumont-d’Urville, porte d’entrée française, est décrite comme vieillissante/obsolète et nécessitant une reconstruction pour garantir la sécurité et la conformité environnementale ; les besoins d’investissement sont chiffrés autour de 70 M€ d’ici 2050 (dont 40 M€ à engager rapidement). La Cour des comptes relève que les décisions tardent, rendues plus difficiles par un manque de clarté sur la répartition des rôles entre les TAAF et l’IPEV.
Concordia, station franco-italienne du plateau, requiert aussi une rénovation chiffrée à 34 M€ sur dix ans (dont 15 M€ pour la France) ; le ministère a même indiqué que son maintien à long terme est questionné. La stratégie polaire nationale acte par ailleurs la nécessité de rénover les stations antarctiques sur la période 2025-2035 (DDU) et jusqu’à 2035 (Concordia).
Enfin, la crise n’est pas que matérielle : un témoignage interne recueilli par notre syndicat, décrit un climat social dégradé (burn-out de dirigeants, surcharge, incertitudes RH), des décisions vécues comme brutales et peu accompagnées, et la crainte que l’intégration de l’IPEV à l’Ifremer se fasse sans moyens à la hauteur de la modernisation à conduire.
Conclusion : la France n’est pas en manque d’idées scientifiques ; elle risque surtout de perdre l’outil qui permet de les réaliser.

