Édito du 2 mars 2026
Quand les faits deviennent l’ennemi, le désastre trouve enfin son aboutissement.
Aux États-Unis, la science est traitée comme un parti politique. On coupe les budgets, on purge les administrations, on assèche les laboratoires. On efface des données, on démantèle des agences, on accuse les chercheurs de « militantisme » dès qu’ils décrivent le climat qui brûle, les virus qui circulent ou les inégalités qui tuent. La méthode est vieille comme les régimes nerveux : affamer, discréditer, contrôler. Et l’architecture du « Project 2025 » est connue : « traumatiser » l’État, le vider de ses contre-pouvoirs savants, remplacer l’expertise par le slogan, la preuve par le tweet.
On se rassure en France : « chez nous, ça ne prend pas ». Vraiment ? Ici aussi, les ONR et l’université comptent leurs déficits comme on compte les jours avant l’orage. Ici aussi, les institutions qui produisent des faits gênants deviennent des cibles : on rabote l’ADEME quand elle parle de sobriété, on fragilise l’OFB quand il rappelle que la biodiversité n’est pas un décor, on réorganise la santé publique quand la prévention dérange, on soupçonne l’ANSES quand ses avis contrarient des intérêts. Même scénario : on coupe, on accuse, puis on réclame la mise au pas. La « déséducation » n’est pas une boutade : c’est un programme.
Le plus inquiétant, c’est l’infiltration sécuritaire dans le savoir. Colloques annulés sous pression, chercheurs placés sous suspicion, zones de recherche transformées en zones à régime restrictif, filtrage par des logiques de renseignement. Comme si le danger, ce n’était pas la guerre à nos frontières, mais une bibliographie trop longue. Comme si l’ennemi, ce n’était pas la désinformation, mais ceux qui la démentent.
Or le monde, lui, ne nous attend pas. L’Ukraine saigne, le Proche-Orient s’embrase, la mer Rouge se militarise, les démocraties s’arc-boutent, les extrêmes prospèrent, et la planète dépasse ses seuils comme on franchit un feu rouge en plein brouillard. Dans ce contexte, neutraliser la science, c’est retirer le tableau de bord d’un avion qui entre en turbulence. C’est confier la navigation à la colère, au fantasme, à l’algorithme.
On croit souvent que « la géopolitique est redevenue tragique ». Faux : elle n’a jamais cessé de l’être. Ce qui change, c’est que nous choisissons, de plus en plus, de nous rendre aveugles. Et un pays qui s’habitue à mépriser ses chercheurs finira par obéir à ses charlatans.
La question n’est donc pas : « sommes-nous les États-Unis ? » La question est : combien de coupes, de soupçons et de silences faut-il pour que la France s’habitue, elle aussi, à l’idée que la vérité est négociable?
Car la guerre contre la science n’est pas qu’un caprice : c’est une alliance. Nationalismes identitaires d’un côté, techno-libertarianisme de l’autre — celui qui rêve d’un monde « optimisé » par des plateformes et des algorithmes, où l’expertise publique est un bug. Leur ennemi commun : toute institution capable de dire « non », preuves à l’appui.
Protéger la recherche, c’est protéger nos pare-feu !
Signez la tribune Stand up for Science et soyons nombreux, le 10 mars, dans la rue, pour défendre l’accès à la vérité !

