Édito du 12 janvier 2026
Au seuil de l’An neuf et en préambule de ce nouvel opus, la Rédaction de l’E-Media vous présente ses meilleurs vœux de santé et de bonheur pour une année pleine d’espoir, de paix et de fraternité.
CNRS : déficit structurel, trésorerie et CAS Pensions, une question de sincérité budgétaire
Le débat sur les priorités scientifiques, l’organisation des organismes ou l’efficacité des dispositifs de financement est légitime. Il gagnerait toutefois à partir d’un préalable : la soutenabilité budgétaire réelle des décisions prises par l’État. Or, au CNRS, plusieurs signaux convergents décrivent un mécanisme désormais bien identifié : des charges décidées au niveau national, insuffisamment compensées, et un équilibre financier recherché par prélèvement sur les réserves.
Selon les éléments discutés au conseil d’administration du 12 décembre 2025, la subvention pour charges de service public (SCSP) prévue pour 2026 s’établirait à 2,939 milliards d’euros, présentée comme stable par rapport à 2025 révisé, mais en retrait d’environ 100 millions par rapport au budget initial 2025. Cette baisse s’inscrirait dans la reconduction d’une ponction votée en février 2025. Dans le même temps, le CNRS doit absorber des évolutions de masse salariale et de contributions obligatoires : mesures salariales, glissement vieillesse-technicité (GVT), hausse du CAS Pensions, et, en 2026, le coût de la protection sociale complémentaire.
La conséquence annoncée est lourde : un déficit dit « structurel » estimé à 256 millions d’euros, impliquant un prélèvement proche de 240 millions sur le fonds de roulement en 2026 et une trésorerie non fléchée ramenée à un niveau résiduel (22 millions). L’enjeu, ici, n’est pas une dérive de gestion. Il tient à l’écart entre une dotation qui progresse peu ou recule, et des charges qui, elles, augmentent de manière mécanique ou réglementaire.
Dans ce contexte, l’argument souvent mobilisé d’une « trésorerie abondante » mérite d’être précisé. La Cour des comptes relève une trésorerie d’environ 1,4 milliard d’euros fin 2023, en hausse sur dix ans, tout en soulignant le risque d’interprétation : une trésorerie élevée peut donner l’impression d’une surcapacité financière alors qu’elle reflète aussi des ressources liées à des projets pluriannuels et des difficultés de pilotage. Le CNRS insiste, de son côté, sur le caractère largement affecté de ces montants. Une trésorerie visible n’est pas, en soi, une marge de manœuvre budgétaire durable.
La tension renvoie ainsi à une question plus générale : l’alignement entre les ambitions affichées – notamment celles portées par la loi de programmation de la recherche – et les actes budgétaires. Lorsque des décisions de rémunération, de charges sociales ou de retraite ne sont pas intégralement compensées, l’établissement est conduit à arbitrer autrement : réduction du financement pérenne, reports, ou prélèvements sur réserve. Cette logique est d’autant plus problématique qu’elle rend la trajectoire difficilement lisible et fragilise la programmation.
Le CAS Pensions occupe, à cet égard, une place centrale. Plusieurs analyses syndicales dont la nôtre et professionnelles pointent la construction même de cette ligne budgétaire, qui agrège des composantes différentes (cotisation « normale », solidarité, subvention d’équilibre) et aboutit à des taux employeur très élevés, alimentant ensuite des lectures politiques sur le « coût » des personnels publics. Au-delà du débat comptable, l’effet est concret : des hausses de points peuvent se traduire par des charges immédiates, avec une compensation parfois incertaine, et donc une pression accrue sur les budgets des opérateurs.
Les effets, enfin, se lisent au niveau opérationnel : moindre capacité de planification, dépendance accrue aux financements compétitifs et à leurs procédures, alourdissement administratif, difficultés d’attractivité pour les métiers scientifiques et de soutien. Il ne s’agit pas de contester le besoin d’évaluation ou de concurrence sur projets, mais de rappeler qu’un système reposant sur l’érosion du financement pérenne se paie en pilotage, en stabilité et, à terme, en efficacité.
En définitive, l’enjeu n’est pas seulement celui du « niveau » des moyens, mais de leur cohérence. Une politique de recherche ne se mesure pas uniquement à des déclarations d’intention : elle se juge à la correspondance entre décisions budgétaires, règles comptables et effets observables sur les établissements. C’est sur ce terrain, celui de la sincérité et de la lisibilité, que se joue aujourd’hui une part importante de la crédibilité de la « priorité nationale » accordée à la recherche.

